samedi 27 janvier 2018

Laïcité Chrétienne

Laïcité Chrétienne

Au sens évangélique chrétien, la laïcité de l’Etat signifie pour les pouvoirs spirituel et temporel, un partage qui préserve l’autonomie du second dans son domaine, où il sera maître, sans nier la supériorité du premier par rapport au second. La loi surnaturelle étant au sens évangélique et chrétien un accomplissement de la loi naturelle qu’elle n’abroge ni ne remplace, la laïcité, bien comprise, ne peut fonctionner que sous un régime, au mieux chrétien, tout au moins respectueux de la loi et de la morale naturelles, dès lors que toute violation de ces dernières entame et transgresse la loi surnaturelle.

Le christianisme, il est vrai, n’a pas de compétence particulière en politique qui a une pleine autonomie dans son domaine. Mais c’est à la condition, fort oubliée, que la politique ne transgresse pas la loi naturelle, car le surnaturel n’abolit ni ne supplante le naturel. La laïcité d’invention chrétienne, si elle est bien comprise, à quoi je me suis efforcé, ne fonctionne, dans le meilleur des cas, qu’en chrétienté, et « dans les temps de pénurie », que là où la loi naturelle est respectée.

samedi 2 juillet 2016

Cet ouvrage solide mérite la plus grande attention


Cet ouvrage solide mérite la plus grande attention


Alliant les approches philosophiques et théologiques, et recourant à des maitres incontestés ainsi qu’au magistère pontifical d’hier et d’aujourd’hui, l’auteur entend rétablir la juste définition du rapport entre les deux pouvoirs, ceci pour garantir le bien commun.

Libanais et catholique, Carlos Hage-Chahine propose ici une étude très érudite sur un sujet habituellement traité de manière trop superficielle, trop sociologique ou trop juridique, ce qui peut alors engendrer des interprétations fallacieuses et des manipulations. Alliant les approches philosophiques et théologiques, et recourant à des maîtres incontestés (Aristote, saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, Charles Journet, Gustave Thibon, Jean Madiran, Marcel De Corte, etc.) ainsi qu’au magistère pontifical d’hier et d’aujourd’hui (Benoît XVI), l’auteur entend donc rétablir la juste définition du rapport entre les deux pouvoirs, ceci pour garantir le bien commun.
Le lien entre le spirituel et le temporel repose sur la supériorité du premier sur le second, ce qui, dans le concret de l’exercice de chacun des deux pouvoirs, doit se traduire par « distinction » et non par « séparation ». Or, c’est cette dernière approche que propose la modernité européenne, notamment française, héritière de la Révolution qui a engendré le laïcisme. Cette déviation idéologique tend à dénier à l’Eglise le droit d’intervenir pour protéger la loi naturelle et à lui refuser toute collaboration avec l’Etat, au fond à privatiser la foi. Tout en rappelant que l’Eglise ne préconise aucune forme spécifique de gouvernement (cf. le Ralliement de Léon XIII), C. Hage-Chahine, auteur de conviction, regrette la soumission des instances officielles de l’épiscopat français à la « religion républicaine », évoquant au passage le défi de l’islam. Il fait également le point sur les rapports entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, sur l’égalitarisme qui supplante l’égalité authentique.
L’auteur n’oublie pas son pays, dont il justifie le système confessionnel malgré ses défauts, tout en déplorant la propension actuelle de ses compatriotes, notamment chrétiens, à imiter servilement les mœurs françaises. Cet ouvrage solide mérite la plus grande attention.

Annie Laurent


jeudi 31 décembre 2015

Un sujet brûlant









Carlos Hage Chahine est juriste, spécialisé dans la philosophie du droit. On lui doit de nombreux articles et ouvrages notamment en collaboration avec son épouse Nevine Hage Chahine. Il consacre aujourd’hui un essai à « La laïcité de l’Etat et sa contrefaçon » et répond aux questions de l’Agenda Culturel. -



1-      Cet ouvrage touche à un sujet brûlant. Qu’est ce qui vous a poussé à l’écrire ?
Il y a plus d’un siècle maintenant que la notion, d’origine chrétienne, de laïcité de l’Etat, dont la doctrine a été échafaudée par des siècles de chrétienté, est détournée au profit de ce que j’ai appelé sa « contrefaçon » et qui est le laïcisme. Comprenons bien qu’il ne s’agit pas de dénoncer une banale erreur, autrement dit un accident qui peut arriver (accidit) dans la recherche de la vérité, mais son exact opposé, j’entends le mensonge, une mystification parée des plus belles vertus mais - ô combien - lourde de conséquences. Faut-il rappeler qu’au nom du communisme et du laïcisme, c’est rien moins qu’un totalitarisme déclaré hier, et, aujourd’hui, un « totalitarisme sournois » (Jean-Paul II) non moins pernicieux, que ces « vertus chrétiennes devenues folles » (Chesterton) ont engendrés. Privé de la surnaturalité de la grâce, qui lui est absolument essentielle, le christianisme se corrompt ; et lorsque « le levain surnaturel » se corrompt, il corrompt simultanément la nature, il devient « un ferment de révolution d’une virulence extraordinaire » (Maritain) à l’origine du désordre moderne. La subversion en marche vérifie tous les jours la formule, d’une prodigieuse exactitude, de Chesterton : « ôtez le surnaturel, il ne reste plus que ce qui n’est pas naturel ». Ce qui se traduit dans le langage de Maritain dans Théonas : « L’humanité qui rompt avec la vie de l’Eglise est précipitée plus bas que si le Christ n’était pas venu. » Et qui élucide la parole mystérieuse du Christ : « Si je n’étais pas venu, et que je ne leur eusse point parlé, ils seraient sans péché » (Jn 15, 22).

2-      Dans cet ouvrage, vous vous inquiétez du rejet du spirituel dans la sphère privée, tout en rejetant les abus des théocraties dominatrices. Comment trouver ce précieux équilibre ?
Si Dieu existe, - et « Dieu existe » répondait Soljenitsyne du tac au tac à son interrogateur sur un plateau de télévision -, on ne peut faire comme s’il n’existe pas. C’est pourtant ce que font les Etats qui prétendent observer une neutralité entre les religions et dans le même temps imposent, par un acte contraignant, l’expulsion de Dieu de tout espace public. Dieu n’a pas créé une poussière d’individus séparés de tout lien préexistant. Créateur et Maître aussi bien des individus que des familles, des nations, et du cosmos, Dieu a imprimé à toute sa Création des lois que l’on ne peut transgresser. Le reconnaître n’est pas une négation de la distinction entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel, qui est la marque de la « saine et légitime laïcité de l’Etat ». C’en est même, je rougis de devoir rappeler ce rudiment, la condition préalable. La laïcité véritable suppose, au moins, le respect de la loi naturelle qui est, comme son nom l’indique, profane. Ce ne sont donc pas les « abus des théocraties », comme le laisse entendre votre question, que la doctrine catholique de la laïcité dénonce, mais le principe même de la théocratie qui est en soi un abus. La laïcité instaurée par le Christ vient précisément restaurer un équilibre des pouvoirs en répartissant entre César et les pontifes des pouvoirs qu’une trop longue confusion réunissait sur la tête de César à la fois empereur et pontife. Rappelez-vous, dans la cité païenne, le pouvoir spirituel était absorbé dans le pouvoir temporel en même temps, dit Maritain, que l’Etat était divinisé. C’est précisément par souci d’équilibre que « le Christ, comme l’explique le pape Gélase Ier au IVe siècle, conscient de la fragilité humaine, a voulu que les autorités chargées de pourvoir au salut des fidèles, fussent équilibrées dans une prudente ordonnance » et pour cela « distingué les devoirs de chaque puissance ». C’était une garantie ou plutôt, selon l’expression de ce saint Pape, « le remède salutaire de l’humilité à tout retour de l’humain orgueil. » Il termine par cette exhortation « qu’aucun ne passe les bornes de son domaine, que chacun se tienne avec modestie à son propre rôle. Et de la sorte nul ne songera à étouffer l’autre ». L’objurgation ne se prête à aucune ambiguïté. Pour avoir dénié à César la « moitié » de ses pouvoirs, et malgré l’exhortation qui leur était faite par saint Paul d’être soumis à l’autorité, les chrétiens des premiers siècles se sont vus reprocher le manque de loyauté envers l’Etat et attirer les foudres de Rome. Dans certaine historiographie, l’accusation perdure contre les chrétiens d’avoir une part de responsabilité dans la chute de l’Empire. Ce qui est à craindre en revanche ce sont les « théocraties » laïques, qui, usurpant au profit de l’homme et des idéologies que nous évoquions plus haut, le caractère absolu qui était réservé au dogme, ont absolutisé le relatif. C’est méconnaître l’homme, disait Aristote, de ne lui proposer que de l’humain. A force d’évacuer Dieu de toutes les sphères publiques, la divinité a ressurgi pour camper des êtres relatifs, tels que la classe, la race, la nation, la déesse liberté, voire la démocratie qu’en France le candidat à la présidence de la République François Hollande déclarait « plus forte que les religions », etc., etc. Marxisme-léninisme, communisme, nazisme, laïcisme ont tous en partage la rage de réaliser dans le temps les promesses de l’éternité. On peut se demander si le terrorisme islamiste n’est pas le dernier-né de ces idéologies révolutionnaires, issu et nourri de cette sorte de messianisme qui est le propre de la Révolution.

3-      Comment votre réflexion peut-elle s’articuler sur un plan pragmatique au cas si particulier du Liban ?
De nombreuses voix s’élèvent au Liban pour réclamer pêle-mêle l’abolition du confessionnalisme accusé de tous les maux et une laïcité intégrale. A les en croire l’une ne va pas sans l’autre et inversement. Comme si confessionnalisme et laïcité étaient antinomiques. Oui le Liban est, à sa base, un Etat confessionnel ou plutôt multiconfessionnel, mais il s’en faut qu’il soit théocratique. Que je sache, nous ne sommes pas plus gouvernés par le clergé qu’assujettis à des lois d’inspiration sacrale. Hormis bien sûr le domaine du statut personnel, ce dont je vais m’expliquer. J’ai même risqué, dans mon livre, l’affirmation que le Liban est le dernier Etat laïque de la planète. Il n’en demeure pas moins que le confessionnalisme n’est pas sans lien avec la religion, en ce sens que si le sens religieux des Libanais, toutes communautés confondues, venait à disparaître, le système du même nom perd du même coup sa raison d’être.
La seule entorse, la seule véritable exception à la laïcité au Liban tient, ou, pour être plus précis, a tenu pendant longtemps au sens collectivement religieux qui fut celui des Libanais. Pour les chrétiens, le mariage religieux indissoluble est un sacrement qui figure l’union du Christ avec son Eglise. Par égard pour une coexistence saine  et basée sur le respect mutuel entre communautés, je ne me crois pas, sur un sujet susceptible de toucher à la foi, autorisé à parler pour les musulmans ; à charge pour eux de réciprocité. Cependant, vu les progrès de l’indifférence religieuse sinon de l’incroyance, je conçois qu’il ne soit plus possible de faire plus longtemps de la foi une condition de citoyenneté et encore moins un carcan. La baisse du sens religieux et la multiplication qui s’ensuivit des litiges liés au statut personnel, exposaient les tribunaux religieux compétents à prendre de trop grandes libertés avec le droit canon, comme de déguiser les divorces en nullité du mariage. Le mariage civil facultatif dont il est question peut dans ces conditions offrir une alternative propre à ménager la liberté religieuse et à la fois mettre les tribunaux religieux à l’abri de se moquer du Bon Dieu. Quant au confessionnalisme, il n’est pas en soi pervers et anti-laïque. Qui dit laïc, dit forcément profane, soit tout le contraire du sacré. Or quoi de plus profane que la loi naturelle, accessible à la raison humaine, que les docteurs de l’Eglise disent commune aux croyants et aux non croyants ? Je ne vois pas au Liban de meilleur lieu de rencontre et de coopération entre les différentes communautés que la loi naturelle ainsi d’ailleurs que le préconisait le pape Pie XII sur un plan universel. Né de circonstances historiques comme seule alternative expédiente pour les chrétiens, après des siècles de domination et de dhimmitude, le confessionnalisme a su ménager aux communautés un espace commun sans préjudice de l’autonomie indispensable à leurs particularismes. Moyennant quoi elles étaient en mesure de gérer ensemble ce qui les rassemble et séparément ce qui les sépare. Les orientalistes ne s’y sont pas trompés en qualifiant les communautés religieuses de véritables nations. Il ne faut donc pas plus raboter le confessionnalisme que l’exacerber. Les sociologues conviennent que les religions sont agglutinantes. C’est comme inscrit dans leur nature de produire des frondaisons temporelles de type culturel. Mais le jour où le confessionnalisme dépasse son domaine réservé qui se limite aux spécificités propres à chaque communauté, pour empiéter sur l’espace commun à toutes, ce jour-là est le signe d’une mutation du système sous les espèces d’une communaulâtrie où la confession est érigée en idole comme la race ou la classe ou la nation. Or l’espace commun est le lieu privilégié d’une compétition politique vouée à la défense d’un bien commun supérieur. Il ne suffit pas que les Libanais disent et redisent leur volonté de vivre ensemble.  Se reconnaissent-ils dans le Liban ? ou sert-il seulement des intérêts convergents mais passagers, le temps de boucler leurs valises ? Car pour constituer une nation, encore faut-il que ce vouloir se greffe sur le sentiment d’appartenir à une communauté qui ne supprime ni ne remplace les confessions mais les transcende. Telle est la marque de l’identité qu’il est égal que l’on dise une communauté et que l’on dise une communauté. L’année climatérique 2005 a révélé aux Libanais l’existence, propice à un clivage politique, d’aspirations communes à l’indépendance et à la souveraineté de leur pays. Traduisent-elles un sentiment réel d’appartenance à une communauté supra-confessionnelle ? Ce sentiment est-il embryonnaire, encore balbutiant, il revient aux Libanais de saisir la chance qui leur est donnée d’en faire un attachement ancré, durable, viscéral ou de la laisser passer.

Carlos HAGE CHAHINE. La Laïcité de l’Etat et sa contrefaçon. Pouvoir spirituel - Pouvoir temporel. Beyrouth, 2014, 13,5 cm. x 21,5 cm., (9)-VI-335 pp, couverture à rabats illustrée en couleurs. http://lalaicitedeletatetsacontrefacon.blogspot.com/

mercredi 2 décembre 2015

Revue de Presse


Ils ont lu La Laïcité de l’Etat et sa contrefaçon…


Comment comprendre, dès lors, cette « saine et légitime laïcité de l’État », selon l’expression de Pie XII, résumant la traditionnelle distinction des deux pouvoirs ? C’est à cette question que s’est attelé Carlos Hage Chahine, catholique et Libanais, dont l’origine lui a donné d’être confronté, au quotidien, à cette question. La laïcité de l’État et sa contrefaçon est un ouvrage bien écrit (et bien fabriqué, ce qui ne gâche rien), dont l’érudition vient souligner l’équilibre du mot d’ordre christique. (texte complet)
Olivier Figueras

L’origine libanaise – et catholique – de l’auteur assure à sa réflexion une dimension à la fois très enracinée, très française et très actuelle. Le Liban, avec son réseau d’écoles francophones et ses liens multiséculaires avec la France, a produit tout naturellement des auteurs qui manient avec clarté et élégance la langue de Racine. (…) oeuvre réellement originale qui, face aux solutions toutes faites, oppose une ouverture à la patiente et prudente appréhension du réel… Le maître-mot de cet ouvrage : l’équilibre. (…) Voilà donc un livre qui rend intelligent, puisqu’il force à la réflexion et à l’adéquation entre l’intellect et le réel. (texte complet)
du 19 novembre au 2 décembre 2015

« Ouvrage très riche ». (texte complet)
3 novembre 2015

Admirable synthèse sur ce que la Tradition nous présente comme la saine et légitime laïcité de l’État, et l’illusion de la pseudo-laïcité qui conduit au totalitarisme… (texte complet)
27 octobre 2015

Ouvrage érudit et savant, il ne manque pas de causticité dans le style et d’esprit polémique dans la démonstration. (…) Ce livre n’est pas aisé à lire pour un chercheur ou un intellectuel imbu de culture juridique et sociologique «positiviste» ou «réaliste». Il faut lire ce livre à l’inverse de ce que fit Marx pour se dégager de Hegel: retirer de la gangue mystique qui l’entoure la conception scientifique de l’Histoire. Il s’agit ici de retirer la dimension religieuse et spirituelle de notre savoir de la gangue positiviste qui l’enveloppe. Et ce n’est pas facile! (texte complet)
5 février 2015

« Sujet très délicat… » (vidéo complète)
8 novembre 2014

À toutes les époques, des divisions ont marqué les rapports entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. La distinction entre le religieux et le civil ne date pas d'hier. Le Christ demandait déjà à ses contemporains de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Aujourd'hui, sur ce sujet brûlant, des centaines d'articles et d'ouvrages paraissent. Carlos Hage Chahine, juriste, spécialiste de la philosophie du droit, leur consacre un essai La laïcité de l'État et sa contrefaçon, qu'il signera demain au Salon du livre. Pourquoi un tel livre aujourd'hui ?... (texte complet)
06/11/2014

Rendre à César...



« Il ne faut pas bouder un plaisir devenu rare… les bonnes manières d’une civilisation qui s’échappe… »



Voilà donc un livre qui rend intelligent, puisqu’il force à la réflexion et à l’adéquation entre l’intellect et le réel. Et parce qu’il ne faut pas bouder un plaisir devenu rare, ajoutons combien il est joliment édité, cousu, agréable à tenir en main et doux pour les yeux. Les bonnes manières d’une civilisation qui s’échappe… (texte complet)

Jeanne Smits
Du 19 novembre au 2 décembre 2015
  
La laïcité de l’État et sa contrefaçon est un ouvrage bien écrit (et bien fabriqué, ce qui ne gâche rien), dont l’érudition vient souligner l’équilibre du mot d’ordre christique. (texte complet)

Olivier Figueras