samedi 28 novembre 2015

Ouvrage très riche




Pouvoir spirituel/Pouvoir temporel : « Ouvrage très riche »

Pouvoir spirituel et Pouvoir temporel, La laïcité de l'Etat et sa contrefaçon de Carlos Hage Chahine (Beyrouth, 2014). Ouvrage très riche : « Individu et personne ou les deux cités » (Ière partie) ; « La doctrine de la distinction ou la subordination de l'inférieur au supérieur » (IIème partie) ; « La doctrine de la séparation ou la subordination du supérieur à l'inférieur » ; avec les Annexes sur : la loi naturelle, les dhimmis dans les pays conquis par l'islam, le confessionnalisme ou L'histoire d'un double mythe, grandeur et déchéance du confessionnalisme libanais.

3 novembre 2015


vendredi 27 novembre 2015

Une laïcité divine



Une laïcité divine


Depuis que le Christ a fixé la règle de la laïcité – « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », prenant prétexte de ce que les fidèles étaient aussi leurs sujets (ou leurs concitoyens), les princes de ce monde n’ont guère manqué de confondre, sans amour, les deux cités ; imités en cela, soyons honnêtes, par certains princes de l’Église. Comment comprendre, dès lors, cette « saine et légitime laïcité de l’État », selon l’expression de Pie XII, résumant la traditionnelle distinction des deux pouvoirs ?

C’est à cette question que s’est attelé Carlos Hage Chahine, catholique et Libanais, dont l’origine lui a donné d’être confronté, au quotidien, à cette question. La laïcité de l’État et sa contrefaçon est un ouvrage bien écrit (et bien fabriqué, ce qui ne gâche rien), dont l’érudition vient souligner l’équilibre du mot d’ordre christique. Chacun demeure maître chez soi, même si, la cité spirituelle devant survivre à la cité temporelle dans l’autre monde, sa finalité lui donne préséance.

Difficile pourtant de faire admettre cette verticalité, quand l’opinion d’un grand nombre stigmatise comme une contradiction absolue, l’idée d’une deuxième dimension des pouvoirs.


 De citations des papes en travaux de penseurs – Jacques Maritain, Marcel De Corte, Charles De Koninck, Michel Villey, dont il est familier, et Jean Madiran, dont il fut comme un fils intellectuel – Carlos Hage Chahine montre que l’Église a toujours défendu une distinction faite non d’opposition, mais de complémentarité entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel.

Dès lors, lorsque la laïcité se fait contradiction, elle n’est plus nature mais idéologie : le laïcisme, qui n’est, nous dit le sous-titre de l’ouvrage, que la « contrefaçon » – comme tous les totalitarismes en définitive – de cette légitime et saine laïcité. Et qui retrouve, par delà l’opposition des genres, la confusion dominatrice d’une théocratie à quoi se limite l’islam. Et c’est bien parce que le Liban, malgré certains avatars, est fondé sur cette distinction sans séparation que l’auteur le nomme « dernier État laïc de la planète ».

Une laïcité qui est, avant tout, un équilibre – parfois délicat selon les vicissitudes du temps. Individu appartenant à une cité, partie d’un tout, l’homme doit, tout entier parfois, coopérer au bien commun de sa patrie ; créature rachetée, doué d’une âme immortelle, il est en outre destiné à une fin éternelle, Dieu. Et la cité terrestre ne saurait l’en distraire, encore moins l’en détourner. Car, à la fin, tout est à Dieu, y compris César…

Olivier Figueras
 
Carlos Hage Chahine, Pouvoir spirituel, pouvoir temporel – La laïcité de l’État et sa contrefaçon. Éditions C. & N. Hage Chahine, 336 pages. Édité en 2014 au Liban, l’ouvrage est désormais disponible en France, auprès de l’abbaye du Barroux : www.barroux.org

samedi 21 novembre 2015

Regard critique sur la laïcité


Les interrogations suscitées par l’islam ravivent le débat sur la laïcité

Regard critique sur la laïcité

Catholique d'origine libanaise, Carlos Hage Chahine s'inquiète du rejet du spirituel dans la sphère privée. Son livre rend intelligent, puisqu’il force à la réflexion.



A l’heure des attentats menés par des partisans du Califat islamique, il n’y a sûrement pas de question plus urgente que celle de la laïcité. On est tenté de l’opposer au totalitarisme islamique : puisque l’islam, et plus encore l’État islamique, confondent le spirituel et le temporel, il faut les séparer ! Cette réponse à l’emporte-pièce a l’inconvénient de vouloir laisser l’homme prisonnier d’une “démocratie totalitaire” où sa volonté est la mesure et la fin de toutes choses. Pour réfléchir à la juste distinction entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel, un livre de Carlos Hage Chahine, La Laïcité de l’État et sa Contrefaçon, est venu l’an dernier apporter des éléments précieux. Publié à Beyrouth, il est enfin disponible en France.

Une tentation mortifère

L’origine libanaise – et catholique – de l’auteur assure à sa réflexion une dimension à la fois très enracinée, très française et très actuelle. Le Liban, avec son réseau d’écoles francophones et ses liens multiséculaires avec la France, a produit tout naturellement des auteurs qui manient avec clarté et élégance la langue de Racine. C’est aussi un pays multiconfessionnel où chaque communauté possède une forme de droit propre, notamment en matière de droit des personnes : véritable condition de survie, notamment pour les chrétiens. Tournée vers la France, une part de la jeunesse intellectuelle libanaise croit aujourd’hui venir à bout de difficultés nationales en réclamant une révolution : la séparation des pouvoirs. Carlos Hage Chahine répond à cette tentation qu’il estime mortifère, et ce faisant offre un regard lucide sur l’effet du rejet du spirituel dans la sphère privée, derrière les portes closes des églises et des foyers. Et ainsi sa réflexion devient aussi leçon pour la France. Cette France dont la classe politique dans sa grande majorité dit avec Chirac : « Non à une loi morale qui primerait sur la loi civile. » Là est le noeud de la question. Où passe la frontière entre le spirituel et le temporel ? Y a-t-il des liens entre eux ? L’organisation politique de la cité peut-elle se passer d’une référence à quelque chose qui la dépasse ? L’Église a-t-elle un droit de regard et de parole sur ce qui se passe dans la cité ?

Empirisme organisateur

À toutes ces questions, Carlos Hage Chahine répond avec clarté, appuyé sur les épaules de bien des géants : Marcel De Corte, Charles De Koninck, Michel Villey, Jacques Maritain (première manière !), et Jean Madiran dont il était proche. Avec modestie, l’auteur laisse à ces philosophes, ces juristes, ces penseurs religieux que relie le thomisme tout le mérite de sa propre argumentation. En réalité, la mise en perspective de leur pensée aboutit à une oeuvre réellement originale qui, face aux solutions toutes faites, oppose une ouverture à la patiente et prudente appréhension du réel. “Empirisme organisateur” ? C’est un peu cela : Hage Chahine rappelle les principes et incite chacun à en tenir compte dans les circonstances qui changent. Le maître-mot de cet ouvrage : l’équilibre. En rappelant que le pouvoir spirituel a pour finalité le salut éternel, et le pouvoir temporel le bien des patries charnelles, l’auteur montre que les frontières entre eux – forcément disputées lorsque l’un veut empiéter sur l’autre – sont assez nettes pour permettre toutes sortes d’organisations de l’État et de la société, depuis l’État confessionnel jusqu’à l’État qui respectera, au minimum, la loi naturelle inscrite dans le coeur de tout homme. En deçà, c’est la persécution, et l’Église du silence, dans les “démocraties religieuses” qui s’arrogent en fait le pouvoir spirituel.

La partie d’un tout

En même temps, ce livre évite l’écueil de “l’excès de pouvoir” des clercs (on pense à la prédication climatologique actuelle d’un pape François, alors que rien ne prouve que la lutte contre le réchauffement soit nécessaire au salut des âmes !) et celui de l’étatisme qui subordonne tout à la nation. En tant qu’individu, rappelle Carlos Hage Chahine de manière lumineuse, l’homme est partie d’un tout et soumis au bien commun que celui-ci assure ; c’est ainsi que se justifie le sacrifice de la vie pour la patrie. Mais en tant que personne douée d’une âme immortelle, l’homme est fait pour un plus grand bien, un plus grand tout : une fin surnaturelle, Dieu lui-même, et cela justifie que tout ne soit pas soumis à l’État. Voilà donc un livre qui rend intelligent, puisqu’il force à la réflexion et à l’adéquation entre l’intellect et le réel. Et parce qu’il ne faut pas bouder un plaisir devenu rare, ajoutons combien il est joliment édité, cousu, agréable à tenir en main et doux pour les yeux. Les bonnes manières d’une civilisation qui s’échappe…


  Carlos Hage Chahine, Pouvoir spirituel, pouvoir temporel – La laïcité de l’État et sa contrefaçon, éditions C & N Hage Chahine, 335 pages, 18 euros ; à commander à l’Artisanat monastique de Provence, tél. 04 90 62 25 23, www.barroux.org

mercredi 4 novembre 2015

La Laïcité de l'Etat et sa contrefaçon enfin disponible en France

http://www.barroux.org/index.php?page=shop.product_details&product_id=2815&option=com_virtuemart&Itemid=189


"Admirable synthèse"


La Laïcité de l’État et sa contrefaçon
Carlos Hage Chahine
Admirable synthèse sur ce que la Tradition nous présente comme la saine et légitime laïcité de l’État, et l’illusion de la pseudo-laïcité qui conduit au totalitarisme



Artisanat Monastique de Provence
1201 chemin des Rabassières
84330 LE BARROUX

vpc@barroux.org
Tél. : +33 (0)4 90 62 25 23
Fax : +33 (0)4 84 50 84 57

Il est habituellement répondu aux appels téléphoniques
de 11 h 00 à 12 h 00
et de 14 h 30 à 17 h 00. 

jeudi 5 février 2015

Dieu, César et et nous... par Melhem Chaoul

5 février 2015



Dieu, César et nous



Une pièce manquait au dossier «laïcité» au Liban et, partant, à l’approche théorique du pouvoir politique. Il s’agit de la doctrine chrétienne du pouvoir temporel dans ses rapports au pouvoir spirituel. C’est chose faite avec cette publication de Carlos Hage Chahine qui se propose d’«exposer aussi fidèlement que possible le principe de la “saine et légitime laïcité de l’État”, selon la doctrine de l’Église énoncée principalement par les Papes».

Ouvrage érudit et savant, il ne manque pas de causticité dans le style et d’esprit polémique dans la démonstration. Cela parce que l’auteur joue cartes sur table dès le départ: Il est chrétien catholique engagé et semble évoluer dans la mouvance doctrinale fondamentaliste d’un catholicisme atemporel. C.H.C. passe sans heurts du point de vue d’un Pape du Ve siècle à St. Thomas d’Aquin pour conclure avec Joseph Ratzinger. La problématique est posée à partir de la supposition largement répandue, rabâchée par une opinion sensible aux clichés médiatiques, de l’existence d’une contradiction absolue entre un pouvoir civil laïc et un pouvoir religieux clérical. Le travail de Hage Chahine consiste à démontrer, primo, que la doctrine fondamentale de l’Église a toujours été une distinction dans la complémentarité (non une contradiction), entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel, du fait que depuis l’Empereur Constantin, la tendance du pouvoir temporel est de dominer le pouvoir spirituel. Sur ce, l’évolution de la doctrine va aller nécessairement dans le sens de la légitimation du principe de «la laïcité de l’État»; secundo le travail de l’auteur consiste à critiquer avec vigueur ce qu’il appelle «la contrefaçon de celle-ci» à savoir la laïcisation sociétale, c’est à dire l’idéologie «laïciste». 

La démonstration va s’effectuer en trois temps:

1. La doctrine catholique des deux Cités: individu, personne et bien commun. 

2. La distinction, non la séparation, entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel: cas de la subordination de l’inférieur au supérieur.

3. La distinction entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel: subordination du supérieur à l’inférieur. 

Ce n’est pas un hasard si l’auteur a eu recours essentiellement aux enseignements des Papes de l’époque «faste» de la mise en place des Républiques et des «sociétés» laïques, soit le dernier quart du XIXe et la première décade du XXe siècle. Léon XIII, Pie X et Pie XI se sont trouvés au cœur de la controverse sur la dualité des pouvoirs au sein des sociétés européennes du capitalisme industriel triomphant. Léon XIII est le point d’appui aux thèses de C.H.C. «Le gouvernement du genre humain est divisé entre deux puissances: la puissance ecclésiastique et la puissance civile; celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d’elle en son genre est souveraine (…) aucune n’est tenue d’obéir à l’autre dans les limites où chacune d’elles est renfermée par sa constitution.»



Le Liban constitue, selon l’auteur, un modèle valable malgré ses tares, de l’application de cette doctrine. Partant de la constatation du fait que «l’organisation judiciaire et législative en matière de statut personnel au Liban, est fondée sur le principe de la distinction des deux pouvoirs et le rejet explicite de toute séparation», et que celle-ci «a fonctionné avec plus ou moins de bonheur tant que la foi et le sentiment religieux étaient ancrés dans les mœurs…», on se situe alors dans le schéma idéal voulu par l’Église, celui de la subordination de l’État à la religion dans des domaines qui, selon les Saints Pères, relèvent de la sphère religieuse, à savoir la famille et l’éducation. 

Cependant, C.H.C. constate avec amertume que la société libanaise (jeunes chrétiens et musulmans) vit «un déclin du sens religieux et communautaire conjugué à un relâchement des mœurs sans précédent dans l’histoire du Liban». À cela s’ajoute un principe fondamental de la doctrine chrétienne, à savoir qu’ «on ne peut imposer la foi comme condition de citoyenneté». Sur ce, l’idée du mariage civil facultatif semble pertinente à l’auteur et s’inscrit dans la doctrine des deux pouvoirs en laissant aux fidèles/citoyens le choix de placer leur union soit dans la sphère religieuse, soit dans la sphère civile. 

Reste un problème de taille pour le chercheur méticuleux qu’est Hage Chahine: s’il existe une issue «doctrinale» pour la société chrétienne libanaise, serait-il légitime d’imposer cette solution aux croyants musulmans, partenaires du vivre-ensemble libanais? «C’est à eux de décider, mais on ne peut rien imposer!», conclut Carlos Hage Chahine. 

Ce livre n’est pas aisé à lire pour un chercheur ou un intellectuel imbu de culture juridique et sociologique «positiviste» ou «réaliste». Il faut lire ce livre à l’inverse de ce que fit Marx pour se dégager de Hegel: retirer de la gangue mystique qui l’entoure la conception scientifique de l’Histoire. Il s’agit ici de retirer la dimension religieuse et spirituelle de notre savoir de la gangue positiviste qui l’enveloppe. Et ce n’est pas facile!